Si une chose aussi terrible que la guerre peut se vanter d’avoir des héros, c’est car des hommes et des femmes ont, depuis l’Antiquité, mêlé le sens du sacrifice, le courage et un certain grain de folie pour accomplir des actes extraordinaires au sein des horribles boucheries intemporelles qui secouent l’Histoire. Aujourd’hui, sur Moenjo, découvrez quelques-uns de ces personnages extraordinaires au destin qui le fut tout autant.

Mad Jack

Mad Jack est situé à droite de la photographie, son épée à la main.

Mad Jack est situé à droite de la photographie, son épée à la main.

Militaire de formation, l’écossais Jack Churchill quitte les forces britanniques en 1936 après une carrière qui l’emmena combattre jusqu’en Birmanie. Adepte de cornemuse, épéiste et archer confirmé, ces talents lui permettent de se produire au cinéma jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale où il est envoyé en France pour combattre l’avancée allemande, prenant avec lui son arc et son instrument de musique favori.

En Mai 1940, alors que son unité se prépare pour une embuscade, Jack lance le signal de l’attaque en abattant d’une flèche le chef de peloton allemand, devenant officiellement le seul soldat britannique à avoir abattu un ennemi avec un arc durant le conflit. Dès lors, Churchill se porta volontaire pour rejoindre les commandos britanniques et, lors d’un débarquement en Norvège, l’officier écossais descendit de son navire de transport en jouant de la cornemuse, avant de jeter une grenade au milieu d’un groupe de soldats ennemis et de se jeter à corps perdu dans la bataille.

Il est ensuite envoyé en Sicile où il combat l’épée à la main ou encore en Yougoslavie, où la totalité ou presque de son groupe est tué par un obus de mortier alors que lui, jouant de la cornemuse, est assommé par un jet de grenade qui n’explosa pas.

Emprisonné dans un camp de concentration, Jack s’enfuit à travers les égouts avant d’être repris puis de s’enfuir une deuxième fois, marchant près de 150 kilomètres pour rejoindre les forces alliées. Envoyé en Birmanie, il est démobilisé suite aux bombes atomiques lancés contre le Japon, ce qui lui fait dire : “sans ces maudits Yankees, nous aurions pu continuer la guerre pendant 10 ans”.

Après la guerre, Jack Churchill se passionne pour le surf et continue d’afficher son caractère fantasque, lançant sa valise par la fenêtre d’un train en affirmant qu’il s’agissait de son jardin, et que cela l’empêchait “d’avoir à la porter jusqu’à chez lui”. Il décède à 1996 à l’âge de 90 ans.

Léonidas Ier et le laconisme spartiate

La figure de Léonidas inspira notamment Jacques Louis David et la peinture néo-classique.L’histoire de Léonidas, roi de Sparte, est un classique de l’héroïsme militaire, mis en valeur notamment dans la célèbre bande-dessinée qui inspira le film 300. Lors de la Seconde Guerre médique, le grand roi de perse Xerxès Ier tente, comme son père avant lui, d’envahir la Grèce.

Il connait plusieurs victoires d’envergure. Afin de permettre à la flotte grecque de se replier vers l’Attique, il est décidé que Léonidas, avec une faible force armée, irait au défilé des Thermopyles pour retenir l’armée terrestre perse, estimée à 200 000 individus.

Léonidas est conscient que lui et ses troupes se sacrifient pour la Grèce, aussi ne choisit-il que 300 hommes pour l’accompagner, c’est à dire les hommes de sa garde personnelle qui avaient déjà donné naissance à au moins un fils, pour que leur nom soit conservé. Les hoplites spartiates combattent plus de cinq mille autre soldats grecs.

Une fois aux Thermopyles, les Grecs prennent position et résistent héroïquement pendant deux jours, profitant de la qualité supérieure de leur armement, et du terrain très étroit qui permet d’annihiler l’avantage numérique perse. Cependant, ils sont trahis par un certain Ephialtès, qui révèle aux Perses le moyen d’encercler la force de défense grecque. Léonidas permet alors à la majorité des soldats survivants de s’enfuir, ne restant sur place qu’avec ses spartiates et quelques thébains. Sa décision fut notamment motivée par le fait que l’oracle de Delphes avait prédit la chute de Sparte, à moins qu’un de ses rois ne tombe au combat.

Le jour suivant, les Grecs sont ainsi encerclés et massacrés. Cependant, la mission initiale de permettre le retrait de la flotte grecque est accomplie. La dépouille de Léonidas est rapatriée à Sparte, et enfermée dans un mausolée colossal. La figure de Léonidas Ier de Sparte devient alors celle du combat pour l’indépendance et la liberté, et ses mots deviennent un exemple du laconisme, terme désignant des expressions spartiates percutantes. En effet, lorsque les Perses ont exigé à Léonidas sa reddition immédiate aux Thermopyles, ils lui demandèrent de déposer les armes, ce à quoi le roi spartiate répondit simplement “Viens les prendre“.

Un autre exemple de laconisme spartiate nous vient de la domination macédonienne. Souhaitant s’emparer de la Grèce, le roi macédonien Philippe II affirma aux Spartiates : “Si je conduis mon armée sur votre territoire, alors je détruirai vos fermes, tuerai votre peuple, et raserai votre cité“. La seule réponse qui lui vint fut alors un simple mot : “Si…. Dès lors, Philippe II puis son fils Alexandre le Grand évitèrent Sparte et ses alentours.

Entre les chevaux et les navires, de la glace

Au lendemain de la Révolution française, de terribles guerres éclatent entre le nouveau régime républicain et une Europe monarchiste globalisée qui ne peut se permettre de laisser ce grand pays qu’est la France sans roi. Ces conflits, trop longs et complexes pour être développés ici, furent émaillés d’actes extraordinaires. Le plus impressionnant fut certainement la bataille de Helder, au nord d’Amsterdam.

Les hussards étaient une corps de cavalerie d'élite. Peinture par Edouard Detaille.

Les hussards étaient une corps de cavalerie d’élite. Peinture par Edouard Detaille.

C’est là qu’un régiment de hussards français, commandé le général de brigade Jean-Guillaume de Winter, eut pour mission d’empêcher la flotte hollandaise de rejoindre la Grande-Bretagne. Il arrive au port du Helder où est censé se trouver la flotte en pleine nuit, grelottant et affamé par l’hiver glacial de 1795 qui frappe alors l’Europe. Cependant, la cavalcade des hussards fut veine : la flotte avait déjà quitté le port. Malgré tout, de Winter se saisit de ses instruments d’observation, et parvient à remarquer que les navires ennemis sont bien là, au large… pris dans les glaces de la mer qui avait gelé. Son idée est alors audacieuse : il protège avec des morceaux de tissu les sabots des montures de la troupe afin de ne surprendre les marins, et lance l’assaut.

L’unique charge de cavalerie de l’Histoire contre des navires en mer est un succès : les bateaux étant penchés, leur artillerie ne peut servir à défendre les navires, qui sont capturés sans qu’aucune perte ne soit à déplorer.

Aristide Aubert du Petit-Thouars, ou le capitaine au tonneau

Sous ce patronyme se cache l’histoire d’un jeune homme issu de la noblesse poitevine, qui développa très tôt un goût pour l’aventure maritime. Suite à ses études à l’École militaire de Paris, il est contraint d’entrer dans l’infanterie malgré ses tentatives pour rejoindre la Marine de guerre, puis de faire partie de diverses expéditions. Cependant, lorsqu’éclate la guerre d’indépendance des États-Unis d’Amérique, il est autorisé à s’engager sur des navires français, et participe dès lors à plusieurs batailles, au large de l’Afrique ou aux Antilles.

Peu après, pendant les troubles révolutionnaires en France, il lance une expédition de recherche du célèbre explorateur La Pérouse, disparu depuis bientôt quatre ans. C’est durant cette période qu’il s’illustre en sauvant près d’une cinquantaine de Portugais échoués au Cap-Vert, en leur donnant une partie des vivres de son navire. Il souhaite s’installer aux États-Unis, mais les guerres révolutionnaires françaises le poussent à revenir en France, où on lui donne le commandement d’un navire, le Tonnant.

Aristide Aubert défendit le Tonnant jusqu'à son dernier souffle.

Aristide Aubert défendit le Tonnant jusqu’à son dernier souffle.

C’est sur ce navire que se joua le destin d’Aristide. Il prend part à la campagne d’Égypte menée par Napoléon, et participe à la bataille navale d’Aboukir en 1798, près du delta du Nil, qui opposa la flotte française à celle menée par le célèbre amiral anglais Nelson. Le Tonnant fait preuve d’une attitude héroïque durant la déroute française, au sein de combats très violents qui coûtèrent à Aristide un bras, puis ses deux jambes. Continuant de hurler ses ordres malgré son état catastrophique, ses aides le placent dans un petit tonneau d’où il continue à houspiller ses troupes, les invitant à continuer le combat jusqu’à la fin et à ne surtout pas se rendre. Alors qu’il se vide de son sang, les canons de son navire continuent de tonner et ses hommes se battent jusqu’à la fin. Son dernier ordre aurait été de clouer au mât du navire le pavillon du Tonnant, afin que les Britanniques ne puissent pas le prendre comme trophée. Il meurt finalement quelques minutes plus tard, et son navire est capturé.

Le courage d’Aristitide Aubert du Petit-Thouars continua d’inspirer la Marine française, qui nomma plusieurs bâtiments d’après son nom. Le prochain à être mis en service sera un sous-marin nucléaire, dont la mise en service est prévue en 2023, et qui portera le nom de Dupetit-Thouars.

 

Pour en savoir plus :

Image de couverture tirée du film 300, de Zack Snyder.

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