Carte Guerre de Cent Ans Jeanne d'Arc

La situation politique et militaire en France, à la naissance de Jeanne d’Arc.

Le petit village de Domrémy, dans le sud de la Lorraine, connut en 1412 la naissance d’une fille, issue de parents paysans bien intégrés dans la vie locale. Les temps sont alors très difficiles : le pays est en pleine Guerre de Cent Ans et aucun monarque n’est assis sur le trône de France, qui est revendiqué par l’Angleterre, soutenue par le puissant duc de Bourgogne. Cette situation complexe fait de ce conflit à la fois une invasion à grande échelle du pays par une force étrangère, mais aussi une guerre civile entre plusieurs puissantes maisons françaises : les Bourguignons et leurs alliés contre ceux soutenant l’héritier au trône, Charles. Ces querelles politiques ont évolué au fil des ans afin de se régler sur le champ de bataille, la France devenant alors un gigantesque terrain boueux et ensanglanté du sang de ses chevaliers. La situation est en effet assez catastrophique à la naissance de Jeanne : le fine fleur de la noblesse française a été décimée à Azincourt par les archers gallois du corps des Long Bow, et la moitié du pays est occupée par les envahisseurs et leurs alliés. La plupart des ressources étant confisquées pour les besoins de la guerre, de terribles famines frappent la population, qui est réduite à se livrer à ses plus bas instincts pour espérer survivre. L’on disait même alors que Dieu avait abandonné la France, en refusant de lui donner un roi capable de vaincre les armées étrangères. C’est dans ce contexte que se développa l’idée qu’une jeune fille aux origines divines allait être envoyée à Charles pour le guider jusqu’à la victoire.

Jeanne d'Arc

À Chinon, Charles donna à Jeanne le privilège de porter une armure et de manier une épée, Fierbois.

Cette jeune fille allait être Jeanne. L’on en sait peu sur son enfance : seulement qu’elle était considérée comme très pieuse, et souvent moquée pour cela. C’est à treize ans qu’elle affirma entendre les voix de Sainte Catherine, de Sainte Marguerite et de l’archange Saint Michel, qui la pressaient de libérer la France de ses maux en plaçant un héritier légitime sur le trône. Ce n’est que trois ans plus tard qu’elle révèle à l’un de ses cousins l’existence des voix divines qui ont répondu à ses prières. Elle est alors amenée au capitaine de la garnison d’une forteresse voisine, fidèle au dauphin de France, Charles, où l’on ne la croit guère. Renvoyée chez elle, elle y patiente plusieurs mois, jusqu’à ce que les Anglais attaquent Domrémy et pillent la région. La jeune fille réchappe aux raids, et vint s’installer près de la forteresse qui l’avait rejetée : elle fait alors preuve de dons de guérison et de divination, ce qui lui permet d’acquérir la confiance de plusieurs nobles dont le duc de Lorraine. Grâce à celui-ci, elle est finalement envoyée à Chinon afin de rencontrer l’héritier au trône de France, Charles, en exil. Selon la légende, Jeanne fut capable de le reconnaître – sans l’avoir jamais vu auparavant – dans la foule de ses courtisans. Quoi qu’il en soit, elle suscite rapidement l’intérêt du souverain en devenir qui, après l’avoir faite examinée par les autorités ecclésiastiques (qui constatèrent notamment sa virginité), accepte de l’envoyer à Orléans. La ville était alors assiégée durement par les troupes anglaises et l’on craignait qu’elle tombe à tout moment, à moins d’un miracle.

Jeanne d'Arc Orléans

Jeanne au siège d’Orléans.

À la tête d’un convoi de ravitaillement, vêtue d’une armure dorée et portant la bannière blanche et à fleur de lys du Royaume de France, Jeanne parvient à entrer dans la cité malgré de fréquentes disputes entre la Pucelle et des capitaines de l’armée régulière. Là, elle remonte le moral des habitants et des défenseurs en paradant dans la cité, soignant les blessés et donnant de la nourriture aux soldats. Dans les jours qui suivent, elle participe personnellement à plusieurs assauts contre les assiégeants, combattant telle une furie et acquérant rapidement une solide réputation : les défenseurs français l’adorèrent, tandis que les Anglais la détestèrent et l’insultèrent copieusement dès que sa présence sur le champ de bataille était signalée. Blessée lors d’une attaque, elle arracha elle-même le carreau d’arbalète fiché dans son épaule pour retourner se battre. Peu après, les envahisseurs sont contraints de lever le siège et de se replier. Cette première campagne d’Orléans permit à Jeanne de construire sa légende. Peu après, de retour à Chinon, elle réussit à convaincre Charles d’aller se faire sacrer à Reims, pour enfin devenir légitimement le roi de France.

Le problème est que tout le territoire entre Chinon et Reims est aux mains des Anglais ou de leurs alliés. Il serait impossible de se ravitailler sur la route, et rien n’indique qu’une fois devant Reims, la ville n’ouvrirait ses portes à Charles. Cependant, Jeanne réussit à convaincre ce dernier que la seule chance qu’il ait de réunir les Français autour d’une cause commune et de donner à celle-ci un véritable chef légitime. La décision est alors prise : Charles, Jeanne et les meilleurs éléments de leur armée allaient chevaucher de nuit et de jour pour atteindre la cathédrale de Reims et enfin mettre un roi sur le trône de France. Le voyage se passe en réalité sans encombre : l’armée de Charles remporta plusieurs escarmouches menées par Jeanne et son épée nommée Fierbois. Troyes et Châlons-en-Champagne ouvrent leurs portes au dauphin de France, car craignant de résister à une jeune fille manifestement envoyée par Dieu. C’est enfin Reims qui permet à l’armée de passer les murs de la cité, et Charles devient roi de France, sous le nom de Charles VII.

Jeanne d'Arc sur le bûcher, en paix avec Dieu après avoir donné à la France un roi, conformément à sa mission première.

Jeanne d’Arc sur le bûcher, en paix avec Dieu après avoir donné à la France un roi, conformément à sa mission première.

L’effet symbolique et psychologique du sacre est immense, car il légitime la cause de ces derniers résistants face à un envahisseur impie s’étant imposé par les armes et le feu. Sans se reposer, Jeanne part ensuite sur Paris pour assiéger la ville. Elle est cependant blessée et doit se retirer sur ordre de son roi, qui souhaite mettre de l’ordre dans son armée et ses comptes avant de reprendre la campagne.  La Pucelle d’Orléans s’y refuse et, lorsqu’elle apprend la dissolution de l’armée royale, elle forme elle-même sa propre troupe afin de continuer le guerre. Cependant, elle rencontre peu de succès et finit capturée par les Bourguignons, qui la vendent aux Anglais. Elle est alors amenée à Rouen. Là, elle est jugée pour hérésie par un tribunal ecclésiastique. Cependant, celui-ci ne trouve rien à redire : Jeanne est en effet une bonne chrétienne, soumise à Dieu et très pieuse. Le motif évoqué va alors être de dire qu’elle portait des habits d’homme, ce qui était interdit pour une femme. Pour cela, elle est condamnée à être brûlée vive. Le 30 mai 1431, à l’âge de 29 ans, la jeune femme est conduite sur le bûcher, qui est rapidement allumé devant des officiers anglais satisfaits et une foule dépitée. Son corps est calciné pendant six longues heures, afin que rien n’en subsiste : ses organes et ses os sont détruits avec soin pour qu’aucun culte ne leur soit rendu. Jeanne d’Arc ne fut réhabilitée qu’après la prise de Rouen par Charles VII, vingt ans plus tard. Ce dernier força l’Église à lui rendre hommage, et elle ne fut alors plus considérée comme une sorcière hérétique mais plutôt comme une martyre ayant donné à la France un roi capable de bouter les Anglais en dehors du royaume.

L’image de Jeanne d’Arc est, aujourd’hui encore, très puissante en France et dans le reste de l’Europe. C’est en effet celle d’une jeune fille née de parents paysans, qui a quitté son village à peine adulte pour retrouver l’héritier d’un royaume dont elle ne connaissait rien. Dans ces temps de misères où la population était malmenée, elle fut vue par celle-ci comme une petite lumière dans l’obscurité. Si ses compétences tactiques et martiales furent faibles, l’importance symbolique de la Pucelle en armure blanche et dorée sur le champ de bataille permit certainement d’insuffler la peur chez ses ennemis, et un courage renouvelé dans le cœur des hommes qui combattaient auprès d’elle. Bien que largement méprisée dans les pays anglo-saxons, elle reste aujourd’hui une figure incontournable de la Guerre de Cent Ans et de la foi chrétienne : dans les années 1920 elle fut canonisée par l’Église qui l’avait condamnée et proclamée sainte patronne de France.

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