Le manuscrit de Voynich tient son nom de celui de son découvreur, Wilfrid Michael Voynich. Bibliophile et antiquaire de métier, ce dernier acheta en 1912 un lot de livres anciens à une communauté de jésuites située près de Rome, en Italie. A sa grande surprise, il trouva alors un ouvrage complètement incompréhensible, doté d’un alphabet inconnu et de dessins fantaisistes. Le livre, dont certaines pages manquaient lorsque Voynich mit la main dessus, était constitué de plus de deux cents pages et de centaines d’illustrations.

Manuscrit de Voynich

L’étrange calligraphie se rapproche pourtant de celle de l’alphabet latin à cette époque.

Grâce à plusieurs lettres mentionnant le manuscrit, il est possible de définir son parcours en Europe. Des analyses au carbone 14 permettent d’affirmer que le vélin (peau de veau servant de support à l’écriture) date du début du quinzième siècle. Cependant, le premier document qui le mentionne provient du milieu du dix-septième siècle, lorsque Georg Baresch, un alchimiste habitant à Prague, s’intéressa à ce livre dans sa bibliothèque. Il décida de contacter divers experts, notamment en Italie, afin d’obtenir de l’aide pour le déchiffrer.  Ses démarches furent sans succès, bien qu’on sait qu’il soupçonna le livre d’être un manuel de médecine orientale.

En effet, si l’écriture est indéchiffrable (bien que l’on estime aujourd’hui que le codex est composé d’environ 30 000 mots pour 170 000 caractères), les illustrations représentent des végétaux inconnus, des dessins astronomiques ou encore des schémas biologiques d’hommes et de femmes nus. A la mort de Baresch, le livre passe entre plusieurs mains, dont celles de têtes couronnées, avant de finir au couvent des Jésuites où il est finalement racheté par Voynich.

La transcription et la traduction du manuscrit ont été au cœur des préoccupations des cryptographes du monde entier, et ce dès la fin des années 1960, lorsque le codex fut donné à l’université Yale, aux Etats-Unis. Les remarques qui ont été faites concernent surtout la forme du texte : écrit dans un alphabet inconnu, il s’éloigne beaucoup des langues européennes et se rapproche dans sa construction de l’araméen.  Certains mots semblent se répéter jusqu’à trois fois de suite, tandis que certains sont uniques et n’apparaissent qu’une seule fois dans tout l’ouvrage.

La façon la plus facile d’essayer de comprendre son contenu est donc tout simplement d’observer les images, qui laissent penser que l’auteur (ou les auteurs) aurai(en)t pu chercher à établir un traité de pharmacologie et de biologie. Le fait que l’objet ait été en possession d’un alchimiste pourrait également laisser penser à un ensemble de recettes alchimiques, impression renforcée par des dessins de “tuyaux” pouvant peut-être servir à la préparation de décoctions.

John Dee - Manuscrit de Voynich

John Dee était connu pour pratiquer des arts ésotériques : magie, exorcisme ou encore astrologie.

Si la contenu du texte est indéchiffrable, et ce malgré les efforts d’équipes de linguistes et de cryptographes, on peut élaborer quelques suppositions sur l’identité de son auteur. En effet, un individu ayant accès à de tels connaissances à la fin de l’époque médiévale est forcément connu des sources européennes. L’hypothèse la plus admise aujourd’hui, et qui correspond aux études du vélin grâce au carbone 14, est que l’origine du manuscrit de Voynich serait double. Il aurait pu être écrit par deux personnes, ce que les linguistes affirment depuis longtemps.

Ils avaient remarqué très tôt que le codex se divisait en deux parties trop différentes pour avoir été composées et écrites par un seul et unique individu. Ces deux auteurs seraient John Dee, mathématicien et astrologue à la cour de Elisabeth Ier, et Edward Kelley, un alchimiste qui avait affirmé avoir “trouvé le langage des anges”. Cette supposition vient du fait que l’on sait aujourd’hui que l’empereur du Saint-Empire romaine germanique de la fin du seizième siècle, Rodolphe II, avait acheté pour une somme faramineuse le codex. Kelley et Dee, qui étaient en contact avec lui et rémunérés pour de prétendus talents de médiums, auraient pu fabriquer de toute pièce le manuscrit afin d’arnaquer leur bienfaiteur. Celui-ci ne fut cependant pas dupe : peu satisfait des prestations alchimiques de Kelley, il l’enferma dans ses geôles, où le vieil homme mourut en tentant de s’échapper.

Le simple fait que personne n’ait encore réussi à décrypter le manuscrit de Voynich pourrait laisser penser – et voilà là hantise de tous les adeptes d’énigmes – qu’il s’agisse simplement d’un canular. Monté de toute pièce il y a plusieurs siècles, ou bien écrit par Voynich lui-même sur du vélin ancien, il est tout à fait probable que cet étrange ouvrage soit tout simplement… un faux !

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