Les habitants du Yongchang, dans le nord de la Chine, ont une idée très particulière en ce qui concerne leurs origines : celles-ci seraient liées aux destins d’anciens soldats romains, qui, il y a deux mille ans, auraient entrepris un périple épique à travers les steppes d’Asie Centrale, à travers l’immense empire parthe, en compagnie des terribles ancêtres des Huns, jusqu’à échouer aux mains de la dynastie chinoise des Han. Retour sur le voyage de quelques hommes jusqu’aux confins du monde connu.

Empire parthe

L’empire parthe couvrait un vaste territoire, de l’Irak à l’Iran.

Tout commence en 53 avant notre ère. Rome est alors dirigée par le triumvirat formé par Crassus, César et Pompée. Chacun souhaite cependant se débarrasser des deux autres pour enfin régner seul sur Rome, et la méthode utilisée par Crassus, est simple : obtenir une gloire et des richesses jusqu’alors inégalées en venant à bout de l’empire parthe. La bataille décisive a lieu à Carrhes, en actuelle Turquie, le 9 juin 53 avant J.-C. Les Romains sont alors décimés, alors que Crassus est exécuté par le parthe Suréna, qui dénonça la cupidité du général en faisant couler de l’or en fusion dans sa gorge. Près de dix mille soldats romains furent soumis à l’armée parthe et emmenés, en tant que prisonniers, au cœur de l’Empire. C’est finalement en Margiane, sur la frontière Est de l’empire Parthe (actuel Turkménistan), qu’ils sont amenés, afin de combattre lors de guerres frontalières tout en étant incapables, dans cet environnement totalement nouveau pour des légionnaires romains, de retrouver leur chemin jusqu’à chez eux. C’est là que certains sont capturés par la tribu des Xiongnu. Dès lors, on perd la trace de ces Romains, et les sources littéraires se taisent sur la suite de leurs aventures.

Formation en tortue

La formation en “tortue”, connue des seuls romains, fut pourtant utilisée au fin fond des steppes asiatiques.

Cependant, l’archéologie nous permet de documenter les étapes suivantes de cet étrange périple. Les soldats capturés, après avoir combattu pour les parthes, deviennent des mercenaires au service des tribus qui luttent contre l’immense empire chinois de la dynastie Han. Cependant, en 36 avant notre ère, la capitale des Xiongnu est prise et leur chef est exécuté par l’empereur de Chine. On pourrait alors penser que les quelques survivants romains étaient morts ou trop vieux pour être d’une quelconque utilité, 17 ans après leur capture à Carrhes. Néanmoins, les sources chinoises de l’époque décrivent un petit contingent ennemi, combattant au sein d’une formation “écailles de poisson” que les historiens rapprochent de la célèbre “tortue” des légionnaires romains. De plus, les fortifications utilisées par les Xiongnu utilisaient la technique de la double palissade de bois qui, à cette époque, n’était utilisée que par les armées romaines. Sur le milliers de combattants qui se rendent à l’armée chinoise, seuls 145 sont faits prisonniers et emmenés au sein de l’Empire du Milieu : il s’agirait des restes de l’armée de Crassus.

Asie Centrale, légion perdue

Les légionnaires perdus de Crassus s’installèrent-ils dans les steppes chinoises qui bordent le très inhospitalier désert du Gobi ?

Qu’advient-il d’eux après cela ? Nul ne le sait, et aucune source ne le mentionne. De la même façon, aucune trace archéologique prouvant une présence romaine (comme des armes ou de la monnaie) ne fut retrouvée en Chine. En réalité, si la question de la légion perdue de Crassus fut soulevée par les historiens, c’est à cause des attributs physiques d’une petite communauté chinoise du Yongchang, nommée Lijian (ou Lichian, ou Liqian). En effet, certains de ces individus montrent un nez aquilin typiquement européen, des yeux ronds et même des cheveux châtains. Plus encore, des tests ADN réalisés sur des habitants de la région ont montré que plus de la moitié avaient des origines caucasiennes. Cependant, ce dernier élément peut également être lié aux passages de marchands européens sur la route de la soie, ou encore l’établissement d’anciens Grecs ayant participé aux campagnes d’Alexandre le Grand.

Quoi qu’il en soit, la légion perdue de Crassus est l’exemple unique de soldats européens de l’Antiquité ayant parcouru, par la force des évènements, des milliers de kilomètres de la Méditerranée jusqu’à la Chine des Han, jusqu’à disparaître dans la campagne chinoise. Il est possible qu’ils se soient installés à Lijian et que leurs ancêtres peuplent aujourd’hui toujours aujourd’hui la région, étant ainsi les clés du mystère de la légion perdue.

Pour plus d’informations :

  • Homer H. DUBSA Roman city in ancient China, China Society, 1957.
  • http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/la-legion-perdue-de-l-empire-du-milieu_497258.html
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Sino-Roman_relations#Hypothetical_military_contact
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Liqian

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée.