A la fin des années 1860, dans un village du fond fin de la Sibérie, un enfant dont rien n’inaugurait le destin exceptionnel voit le jour. Né de parents fermiers, le jeune Grégory Raspoutine manifeste très tôt des capacités mystiques, allant de la guérison miraculeuse sur les animaux jusqu’à la voyance. A l’âge de seize ans, le jeune paysan fait des crises de dépression et d’hyperactivité qui le laissent épuisé. Sujet à des apparitions d’anges et de la Vierge, il se plonge dans la lecture de la Bible et fréquente les monastères de la région, acquérant rapidement une réputation d’homme sain dans son village. En effet, Grégory pratiquait l’ascétisme et pouvait rester jusqu’à trois semaines reclus dans la cave de la maison familiale, ne sortant que pour faire part de ses visions ou assouvir ses pulsions sexuelles.

De la Grèce à Saint-Pétersbourg

Raspoutine participa à certains des étranges rituels secrets des klhysts.

Raspoutine participa à certains des étranges rituels secrets des klhysts.

En 1894, alors qu’il s’est marié avec une jeune fermière locale, Raspoutine entreprend un voyage de plus de 3000 kilomètres jusqu’en Grèce, et plus précisément la république monastique du mont Athos. Cependant, déçu par les enseignements des moines qu’il trouve trop fades, il revient en Sibérie et parcourt les landes glacées en prodiguant soins et conseils, et en visitant les monastères sur son chemin. Parallèlement à ces pèlerinages qui lui font acquérir la réputation d’homme sain, Raspoutine se transforme un individu débauché, rongé par l’alcool et les femmes sur lesquelles il a une emprise très forte. Il s’intéresse aux nombreuses sectes persécutées par l’Eglise orthodoxe, comme celle des khlysts, qui affirmaient combattre le péché par le péché – ce qui convenait tout à fait à Raspoutine – en s’adonnant notamment à des rituels orgiaques.

Finalement, la réputation du Sibérien alors âgé de quarante ans, parvient aux oreilles de la noblesse russe de Saint-Pétersbourg. Lorsqu’il s’y rend, en 1904, il est très bien accueilli, notamment par le clergé local qui le considère comme un “envoyé de Dieu”. Il est alors introduit dans les salons russes, et finit par entrer en contact avec la famille impériale. En effet, Nicolas II, d’abord inquiet de ne pas avoir d’héritier mâle, ne trouve guère de réconfort dans la naissance de son fils Alexis, qui s’avère être hémophile. Afin de trouver un soulagement à ses malheurs, la tsarine, elle, fréquente les milieux mystiques et elle rencontre tout naturellement Raspoutine. Celui-ci parvient à soulager les douleurs du très jeune prince héritier Alexis, dont la moindre blessure pouvait potentiellement prendre une dimension létale. La tsarine est alors conquise, et elle affirme que Raspoutine est un cadeau du ciel, le maillon manquant entre le tsar, Dieu et le peuple. Dès lors, le prophète autoproclamé va fréquenter les femmes de la noblesse russe, les prenant pour maîtresses, tandis qu’il continue à faire preuve de relatifs talents de guérisseurs, notamment sur le jeune Alexis.

Le dernier oracle de Raspoutine

Raspoutine avait une forte influence sur l'aristocratie russe, notamment auprès des femmes.

Raspoutine avait une forte influence sur l’aristocratie russe, notamment auprès des femmes.

Cette ascendance sur le couple impérial va permettra à Raspoutine de se mêler à la politique russe à son plus haut niveau. Il connait les ministres, conseille les généraux, et alors que sont déclenchés de fréquents scandales sur sa débauche, il sait systématiquement se rendre indispensable à la Russie en soulageant les douleurs du prince héritier. Il finit même par aider à la composition du gouvernement russe. Enfin, lorsque Nicolas II visite ses troupes pendant la Première Guerre mondiale, c’est Raspoutine qui exerce la régence avec la tsarine. Cependant, son humeur est de plus en plus noire, et il prédit à la tsarine que s’il venait à mourir, alors la Russie s’enfoncerait dans un âge sombre, la famille impériale serait déposée puis assassinée, et le pays connaîtrait un “déluge diabolique”.

C’est dans la nuit du 16 au 17 Décembre 1917 que la dernière prédiction de Raspoutine s’accomplit. Des membres de l’aristocratie russe, jaloux de son influence sur la famille impériale et désirant venger l’honneur de la noblesse, qu’ils estiment “bafouée” par la débauche du mystique, organisent un complot contre Raspoutine.

Roué de coups, empoisonné au cyanure et même touché à la tête par une balle de revolver, Raspoutine n'est mort que quelques heures plus tard, de noyade.

Roué de coups, empoisonné au cyanure et même touché à la tête par une balle de revolver, Raspoutine n’est mort que quelques heures plus tard, de noyade.

Ce dernier est invité à un dîner où il est successivement empoisonné au cyanure puis touché par plusieurs balles, dont une en pleine tête. Finalement, ils jettent le cadavre dans le fleuve qui traverse Saint-Pétersbourg. Trois jours plus tard, le corps de Raspoutine est retrouvé, et l’autopsie révèle l’impensable : le prédicateur sibérien n’est pas mort par le poison ou les balles, mais par noyade. En 1918, c’est la partie finale de sa dernière prophétie qui se réalise : la famille impériale est massacrée dans une cave à Ekaterinbourg par des révolutionnaires soviétiques, et la Russie s’enfonce dans une terrible guerre civile qui va durer trois ans.

Pour en savoir plus :

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée.